Eckhard Hammel

Redon, la guerre et la vitesse de la lumière.


Le tableau d'Odilon Redon (1840-1916) "Char d'Apollon" date de 1905 et porte le sous-titre "Du combat de la lumière contre l'obscurité". Cette oeuvre marque le début du 20ème siècle en tant qu'époque de transition de tous genres d'informations dans la technologie de l'information dans la mesure où elle témoigne, dans le domaine de l'art, du développement technologique standart de l'époque.

Redon signe avec cette première oeuvre le point final de la peinture symbolique. La notion de symbole aussi bien que le symbolisme travaillent avec une différence, avec la scission du signe en image signifiante et en sens sifnifié. Redon se place ainsi à un point final du symbolisme (peut-etre par le passage à la peinture de couleurs modernes et ainsi jusqu'aux monochromes) quand il renonce à cette scission théorique du signe en faveur d'une représentation fonctionnelle qui ne différencie pas représentation figurative de signification. La "lumière n'est pas représentée par une forme identifiable, c'est seulement de la lumière.

L'année de la réalisation du "Char d'Apollon", Albert Einstein rédige la théorie des quanta de la lumière pour laquelle il devra plus tard recevoir le Prix Nobel. Ce n'est qu'avec l'importance de la lumière en tant que quintescence de la vitesse que les symboles de la guerre du "royaume de la lumière" contre l' "obscurité" déjà imaginés par Platon, peuvent, d'une forme imaginaire métaphorique, se convertir en une seule représentation de la lumière.

Dans le char de guerre apollinien de Redon , on ne trouve par conséquent pas de personnage héroique comme Wagner le met encore plus ou moins en scène dans "Ring". Redon ne peint pas Apollon comme figure précise. L'auréole de son apparition est un pur éclair de lumière: Le héros est la vitesse, le mouvement lui-meme représenté. Ce dernier n'est dès lors autrement exécuté que par de seuls traits de couleur qui s'ordonnent concentriquement autour d'Apollon en bas à droite du tableau et qui rappellent en cela l'éclair de lumière d'une détonation.

Le tableau de Redon met en scène (scènifie) la fin du symbolique par une transition à l'information dont le siècle prendra essort avec l'approche de la guerre.

A son apogée, l'information se situe en effet dans la tradition de l'Aufklärung dans la mesure où cette dernière veut éclairer par l'information; toutefois depuis le formalisme binaire de l'information selon Shannon il est évident qu'elle (l'information) n'est pas identique à la signification qualitative sémantique instructive. De symboles imaginaires, d'images, d'allégories et d'emblèmes, elle se transforme en une technique de la vitesse du système directeur. S'il en va encore de l'Aufklärung et de la peinture classique en tant que médiateurs de significations, de représentations, alors la technique intéresse uniquement la vitesse de transmission des impulsions.

La techno-logique n'est pas d'hier. En précurseur de l'époque de l'Aufklärung, parait en 1628 l'ouvrage de Harvey "De motu cordis et sanguinis" qui fait connaitre sa découverte du système sanguin. Ainsi les élements de base qui démontrent que le corps humain lui-meme est à comprendre comme système de vitesse de circulation, sont déjà pratiquement mis en place. Le titre de l'ouvrage l'annonce déjà car il ne s'agit pas de coeur et de sang mais " Du mouvement du coeur et du sang". La formalisation de l'information de Shannon est anticipée, à la suite des analyses d'Harvey, dès 1914, par la première version scientifique importante du "principe du tout ou rien des nerfs" d'Adrian, . Cette loi stipule que la hauteur du potentiel d'action d'une réaction cellulaire électrique est indépendante de la puissance d'une exitation déclenchante. Le système analogue chez Harvey, soit la relation (établie de symboles???), est représentée par Adrian comme rapport de fonction digitalisé. Les organismes sont définitivement compris comme systèmes de transmission d'impulsions. Perception, reconnaissance, savoir ne sont plus déterminés par des états qualitatifs mais simplement par la vitesse de transmission.

Il serait sans doute trop simple de réduire "lumière" à un phénomène physique, Redon ne représente pas simplement le domaine des ondes courtes. Complémentairement à la lumière, la guerre impressionne, ce qui signifie qu'il n'y a pas de phénomène physique innocent. "Lumière" a le meme sens que la rage de l'éclaicicement omniprésente européenne, celle qu'on cherche à voir, qui est effectivement là mais qui n'est pas visible. Ce ne sont pas des "points sombres" exposables (Chladenius) au moyen de procédés de décodages symboliques, c'est la "lumière" soit l'éclaircicement lui-meme. Pour cette rage de l'éclaircicement, de l'exposition convient la notion d'"Aufklärung". Le combat de la lumière apollinienne de Redon est donc visualisation de la puissance de meme que cette dernière parle le language du logos quand l'obscurité et l'incompréhension se maintiennent et qu'on entend pas. La rage et le sommet du progrès poussent le bruit à la détonation: synesthésie du bruit et de la lumière. Les symboles et comportements imaginaires ignorent l'ordre informatique, dont la forme d'accomplissement est le murmure informe.

Cette immatérialisation de la guerre correspond à un niveau politique laquelle deviendra à cette époque et pas seulement pour la première fois une guerre dominant le monde, mais aussi une guerre de la vitesse des machineries que cela concerne le système d'information ou l'équipement de combat.

La dynamite découverte par Alfred Nobel en 1863 parviendra à la première guerre mondiale à une trés large application technique. Le combat apollinien de Redon anticipe cette technique d'accélération destructive. Le combat est comme un pur éclair de lumière, vitesse en permanence explosive de la matière. L'éblouissement détonant, la synesthésie indifférenciée de l'anesthésie, représente le sommet de l'accomplissement entropogène de l'évolution technologique.


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